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| Le silence des poètes |
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Allez d'abord écouter Mina vous chanter les Voix du silence . Vous ne l'oublierez pas : |
Il est plus d'un silence,
il est plus d'une nuit,
Car chaque solitude a son propre mystère :
Les bois ont donc aussi leur façon de se taire
Et d'être obscurs aux yeux que le rêve y conduit.
On sent dans leur silence errer l'âme du bruit,
Et dans leur nuit filtrer des sables de lumière.
Leur mystère est vivant : chaque homme à sa manière
Selon ses souvenirs l'éprouve et le traduit.
La nuit des bois fait naître une aube de pensées ;
Et, favorable au vol des strophes cadencées,
Leur silence est ailé comme un oiseau qui dort.
Et le coeur dans les bois se donne sans effort :
Leur nuit rend plus profonds les regards qu'on y lance,
Et les aveux d'amour se font de leur silence.
Sully Prudhomme
Je me souviens de mon
enfance
Et du silence où j'avais froid ;
J'ai tant senti peser sur moi
Le regard de l'indifférence.
Ô jeunesse, je te revois
Toute petite et repliée,
Assise et recueillant les voix
De ton âme presque oubliée.
Cécile Sauvage
Petites images du Silence
Le bruit d'un oiseau
Sautillant sur les feuilles
mortes
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La cloche se tait
les fleurs en écho
parfument le soir!
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Vieil étang
au plongeon d’une grenouille l’eau se
brise
Dans un parfum de roses
blanches
Elle est assise et songe ;
Et l'ombre est belle comme s'il s'y mirait un ange.
Le soir descend, le bosquet dort ;
Entre ses feuilles et ses branches,
Sur le paradis bleu s'ouvre un paradis d'or.
Sur le rivage expire un dernier flôt lointain.
Une voix qui chantait, tout à l'heure, murmure.
Un murmure s'exhale en haleine, et s'éteint.
Dans le silence il tombe des pétales....
Van Lerberghe
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Je t'aime assez pour t'aimer sans te le dire ,
Car si un jour , las , je t'aimais un peu moins ,
Je serais seul à en souffrir .
La pudeur n'a pas de
clémence,
Nul aveu ne reste impuni,
Et c'est par le premier nenni
Que l'ère des douleurs commence.
De ta bouche où ton coeur s'élance
Que l'aveu reste donc banni !
Le coeur peut offrir l'infini
Dans la profondeur du silence.
Baise sa main sans la presser
Comme un lis facile à blesser,
Qui tremble à la moindre secousse ;
Et l'aimant sans nommer l'amour,
Tais-lui que sa présence est douce,
La tienne sera douce un jour.
Sully Prudhomme
Le bruit de ton aiguille
et celui de ma plume
Sont le silence d'or dont on parla d'argent.
Ah ! cessons de nous plaindre, insensés que nous fûmes,
Et travaillons tranquillement au nez des gens !
Quant à souffrir, quant à mourir, c'est nos affaires
Ou plutôt celles des toc-tocs et des tic-tacs
De la pendule en garni dont la voix sévère
Voudrait persévérer à nous donner le trac
De mourir le premier ou le dernier, qu'importe,
Si l'on doit, ô mon Dieu, se revoir à jamais ?
Qu'importe la pendule et notre vie, ô Mort ?
Ce n'est plus nous que l'ennui de tant vivre effraye !
Verlaine
Le beau voyage
Les trains rêvent dans la rosée, au fond des gares...
Ils rêvent des heures,
puis grincent et démarrent...
J'aime ces trains mouillés qui passent dans
les champs,
Ces longs convois de marchandises bruissant,
Qui pour la
pluie ont mis leurs lourds manteaux de bâches,
Ou qui dorment la nuit
entière dans les garages...
Et les trains de bestiaux où beuglent mornement
Des bêtes qui se plaignent au village natal...
Tous ces grands wagons
gris, hermétiques et clos,
Dont le silence luit sous l'averse automnale,
Avec leurs inscriptions effacées, leurs repos
Infinis, leurs nuits
abandonnées, leurs vitres pâles.
H.Bataille
Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l'âpre sommet
que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.
A mes pieds c'est la
nuit, le silence. Le nid
Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui
fume.
Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur
de l'Océan s'unit.
Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
Des
landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant
le bétail.
L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
Et le
soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d'or de son
rouge éventail.
José-Maria de Héhédia
L'hirondelle au printemps cherche les vieilles tours,
Débris où
n'est plus l'homme, où la vie est toujours ;
La fauvette en avril cherche, ô
ma bien-aimée,
La forêt sombre et fraîche et l'épaisse ramée,
La mousse,
et, dans les noeuds des branches, les doux toits
Qu'en se superposant font
les feuilles des bois.
Ainsi fait l'oiseau. Nous, nous cherchons, dans la
ville,
Le coin désert, l'abri solitaire et tranquille,
Le seuil qui n'a
pas d'yeux obliques et méchants,
La rue où les volets sont fermés ; dans les
champs,
Nous cherchons le sentier du pâtre et du poète ;
Dans les bois, la
clairière inconnue et muette
Où le silence éteint les bruits lointains et
sourds.
L'oiseau cache son nid, nous cachons nos amours.
Victor Hugo
Une nuit noire, par un calme,
sous l'Équateur.
Le
Temps, l'Étendue et le Nombre
Sont tombés du noir firmament
Dans la mer
immobile et sombre.
Suaire de silence et d'ombre,
La nuit efface
absolument
Le Temps, l'Étendue et le Nombre.
Tel qu'un lourd et muet
décombre,
L'Esprit plonge au vide dormant,
Dans la mer immobile et
sombre.
En lui-même, avec lui, tout sombre,
Souvenir, rêve, sentiment,
Le Temps, l'Étendue et le Nombre,
Dans la mer immobile et sombre.
Leconte de Lisle
Ô neige, toi la douce endormeuse des bruits
Si douce, toi la
soeur pensive du silence,
Ô toi l'immaculée en manteau d'indolence
Qui
gardes ta pâleur même à travers les nuits,
Douce ! Tu les éteins et tu
les atténues
Les tumultes épars, les contours, les rumeurs ;
Ô neige
vacillante, on dirait que tu meurs
Loin, tout au loin, dans le vague des
avenues !
Et tu meurs d'une mort comme nous l'invoquons,
Une mort
blanche et lente et pieuse et sereine,
Une mort pardonnée et dont le calme
égrène
Un chapelet de ouate, un rosaire en flocons.
Et c'est la fin :
le ciel sous de funèbres toiles
Est trépassé ; voici qu'il croule en flocons
lents,
Le ciel croule ; mon coeur se remplit d'astres blancs
Et mon coeur
est un grand cimetière d'étoiles !
G Rodenbach
Lentement, doucement, de peur qu’elle se brise,
Prendre une âme
; écouter ses plus secrets aveux,
En silence, comme on caresse des cheveux
;
Atteindre à la douceur fluide de la brise ;
Dans l’ombre, un soir
d’orage, où la chair s’électrise,
Promener des doigts d’or sur le clavier
nerveux ;
Baisser l’éclat des voix ; calmer l’ardeur des feux ;
Exalter la
couleur rose à la couleur grise ;
Essayer des accords de mots
mystérieux
Doux comme le baiser de la paupière aux yeux ;
Faire ondoyer
des chairs d’or pâle dans les brumes ;
Et, dans l’âme que gonfle un
immense soupir
Laisser, en s’en allant, comme le souvenir
D’un grand cygne
de neige aux longues, longues plumes.
Albert Samain
Moins on parle et
bien souvent mieux
on pense . Ste Beuve
En Arles
Dans Arle où sont les Aliscans
Quand l'ombre est rouge , sous les roses ,
Et clair le temps ,
Prends garde à la douceur des choses
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton coeur trop lourd ;
Et que se taisent les colombes ;
Parle tout bas , si c'est d'amour ,
Au bord des tombes . Paul-Jean TOULET
la chanson de Magali
La brise est douce et parfumée
L'oiseau s'endort sous la ramée
Au fond du bois silencieux .
La nuit sur nous étend son voile
Et dans les cieux
Je vois une amoureuse étoile
Luire à mes yeux .
"Mireille" de Gounod ( écoutez ! )