Ô ciel ! toute la Chine est par terre en morceaux !
Ce vase pâle et doux comme un reflet des eaux ,
Couvert d'oiseaux , de fleurs , de fruits et des mensonges
De ce vague idéal qui sort du bleu des songes .
De ce vase unique , étrange , impossible , engourdi ,
Gardant sur lui le clair de lune en plein midi ,
Qui paraissait vivant , où luisait une flamme ,
Qui semblait presque un monstre et semblait presque une âme ,
Mariette , en faisant la chambre , l'a poussé
Du coude par mégarde , et le voilà brisé !
Beau vase ! Sa rondeur était de rêves pleine ,
Des boeufs d'or y broutaient des prés de porcelaine .
Je l'aimais , je l'avais acheté sur les quais ,
Et parfois , aux marmots pensifs je l'expliquais .
Voici l'Yak ; voici le singe quadrumane ;
Ceci c'est un docteur peut-être , ou bien un âne ;
Il dit la messe , à moins qu'il ne dise hi-han ;
Ca c'est un mandarin qu'on nomme aussi kohan ;
Il faut qu'il soit savant , puisqu'il a ce gros ventre .
Attention , ceci c'est le tigre en son antre ,
Le hibou dans son trou , le roi dans son palais ,
Le diable en son enfer ; voyez comme ils sont laids !
Les monstres , c'est charmant , et les enfants le sentent .
Des merveilles qui sont des bêtes les enchantent .
Donc , je tenais beaucoup à ce vase . Il est mort .
J'arrivai furieux , terrible , et tout d'abord :
- Qui donc a fait celà ? criai-je . Sombre entrée !
Jeanne alors , remarquant Mariette effarée ,
Et voyant ma colère et voyant son effroi ,
M'a regardé d'un air d'ange , et m'a dit : - C'est moi .