" Ô temps , suspends ton vol ! et vous , heures propices ,
Suspendez votre cours !
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beeaux de nos jours !
" Assez de malheureux ici-bas vous implorent ;
Coulez , coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux .
" Mais je demande en vain quelques moments encore ,
Le temps m'échappe et fuit :
Je dis à cette nuit "Sois plus lente" , et l'aurore
Va dissiper la nuit .
" Aimons donc , aimons donc ! de l'heure fugitive
Hâtons-nous , jouissons !
L'homme n'a point de port , le temps n'a point de rive ;
Il coule , et nous passons ! "
Temps jaloux , se peut-il que ces moments d'ivresse ,
Où l'amour à longs flôts nous verse le bonheur ,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?